la redescend ensuite pour rejoindre la troupe au bout d’un km sans stress aucun (ce n’est pas un 10 km !).
C’est parti plan-plan, bien sûr, et ça discute beaucoup, en espagnol, catalan et français ; cela discutera ensuite nettement moins et cela rapidement ... dès qu’on abordera la première grimpette de 1100m D+. Et puis les montagnes « russes » commencent, et là haut, on est bien. C’est beau (champs de lys dans les alpages !), sauvage, pur (quelle eau limpide !) ; c’est l’antithêse du fond des vallées.
En 10 heures, j’arrive au Pla de l’Estany, au pied du Pic Comapedrosa ; en forme et je suis au sommet à 20 h, accueilli par un joueur de « bignou » et son compère au tambour. Le soleil se couche et le panorama est fantastique .
Et on poursuit, bien sûr ; la nuit tombe ; au Bony de la Pica, on bascule vers La Margineda : 1500 m très techniques ; descente « equipée » avec cordes et chaînes, vraiment indispensables ; typée sky running, puis plus bas franchement glissante avec ses massifs d’herbe mouillée sur cette pente raide - descente très longue ; vers le bas, la civilisation nous saute au visage : ambiance boite de nuit car c’est la fête au village et la musique résonne dans ce fond de vallée de façon démentielle ; et moi, comme beaucoup qui comptait faire un somme pour me requinquer ! Arrivé au gymnase-ravito à 2h du matin , je m’allonge pour me relever au bout de 30 mn après avoir révisé pas mal de rocks des années 60 et 70 et ; fatigué, je redémarre avec Gilles Barthalay (avec lequel j’ai terminé le Tor) au moment où Yannick (4e en Jordanie) arrive.
Dans la montée suivante, je fais la tentative de me coucher sous ma couverture de survie dans la forêt ; je tiens 15 mn et je sens que cela devient le grand n’importe quoi. Je peux verifier que ma carcasse avait besoin d’une heure ou deux de repos mais le bastringue qui régnait dans la vallée me l’a interdit et puis, un problème en appelant un autre, je me mets à vomir, ne supportant plus ni liquide, ni solide.
Alors, en gambergeant, à la ramasse, je passe le col de la Gallina, rejoins Gilles, rallie Sant-Julia pour remonter à Naturlandia ; on trainaille à deux !
Samedi 9h, notre arrivée à Naturlandia est applaudie ... de manière tout à fait indue à mon sens pour des coureurs à la dérive, mais bon, les bénévoles sont formidables !
Toujours nauséeux, je me couche une ½ heure sans trouver le sommeil plus de 5 mn et j’envisage quelque chose pour moi d’incroyable : l’abandon. J’en discute avec Gilles qui, lui, passe à l’acte et rend son dossard. Je ne parviens pas à m’y résoudre et décide de faire une ultime tentative pour m’alimenter et m’hydrater (il reste 80 km) et j’annonce que si cela ne passe pas, je rendrai les armes ; et ... cela passe !! j’avale 3 bols de soupe + riz et cela me goûte, comme diraient les belges ! Alors, je repars.
Depuis la Margineda, on ne progresse que dans les vallées et leurs contreforts et cela, sur 30km ; c’est parfois beau (sous-bois moussus) mais j’ai hâte de retrouver les sommets.
En montant vers le col Bou Mort, je parviens à faire un somme de 10mn au débotté et réussis à adopter un rythme. Je rencontre des coureurs de la MITIC et surtout, sur le coup de 15h, David, un local qui manifestement a le même niveau que moi et reviens lui aussi d’une longue période de moins bon (ou de pas bon du tout en ce qui me concerne) ; on ne se quittera plus, sans s’attendre l’un l’autre, et on finira, main dans la main, 21 heures plus tard à Ordino !!
Profitant de ce regain de forme (relatif), on s’arrête très peu de temps dans les refuges et sur le soir, seuls au monde, au milieu des troupeaux de vaches et de chevaux, après avoir quitté le parcours commun avec « les MITIC », on enchaine les vallées, " Up & Down", dans une nature très sauvage et préservée, méconnue même de l’andorran qu’est David !
Bien sûr, on a fait des calculs dans nos têtes et on sent que si nous rejoignons le Pas de La Casa avant minuit, cela va peut-être pouvoir le faire, même avec des infos contradictoires sur les barrières horaires.
Pas de La Casa - samedi 23 h. David retrouve, après avoir téléphoné une bonne partie de la descente, des membres enthousiastes de sa famille. On se restaure et, d’un commun accord, on opte tous deux pour une heure de repos. On décline l’offre (vécue comme incongrue ! ) qui nous est faite de prendre la navette de rapatriement sur Ordino et on redémarre à 1h du matin. Je sens que c’est dans la poche, on a gardé suffisamment de jus. Le terrain est difficile et j’ouvre, comme toujours, la marche au milieu de massifs d’herbes glissantes dissimulant des trous et des rochers … .et on repasse des cols. Le jour se lève peu après Inglés ; on remonte toujours des concurrents, y compris des MITIC revenus sur notre parcours (ou nous sur le leur) ; cela booste le moral ! Depuis hier matin à Naturlandia, nous sommes passé de la 50e à la 30e place.
Il reste 2 murs de 800 et 600m, avec des pas de géants à faire, sans chemin, avant la très longue descente finale. Ces dénivelées « sauvages » ont raison de mon tendon latéral interne du genou gauche qui « crie » à chaque pas dans la grosse pente mais que je ne ressens guêre autrement.
Pas d’autre souci physique sinon ces hallucinations auditives habituelles dés que j’aborde les rivages de la fatigue extrême ; ce ne sont pas des chants de sirênes (!) mais des sons, des bruits de conversations qui m’amènent à me retourner pour voir qui parle ! Je ne me suis jamais surpris à répondre à ces interlocuteurs imaginaires, fort heueusement.
Arrive le sommet du dernier col avec un grand vent (mais on échappera aux intempéries, alleluhia) et c’est parti pour les 14 km de descente avec les 6 derniers sur route qu’on se paiera le luxe de faire en courant !
Gros succés à l’arrivée, d’autant qu’elle se fait main dans la main avec un enfant du pays ! On nous congratule, la femme de David vient me remercier d’avoir accompagné son mari pendant les 21 dernières heures, m’assurant que cela l’avait rassurée. Je lui affirme que nous nous sommes accompagnés l’un l’autre et que ce fut un coup de chance ! Je ramasse mes lots et vais manger. On continue à m’aborder pour me féliciter, ce qui me surprend un peu. Certes, c’était bien joué, mais bon …
Et voilà : 30e ex aequo ; à Naturlandia , c’était inimaginable ! Il me faut régler à l’avenir ces problèmes digestifs tout comme j’ai su surmonter mes problèmes musculaires. Mon « indice d’endurance » m’a sauvé la mise . Merci à la Providence !
En conclusion, quelle chance de pouvoir se lancer dans ce type d’aventures, pour moi qui suis des souffrants, des malades et des morts à longueur d’années. Nous sommes là à l’opposé et c’est là donc un antidote ! Je savoure cette aubaine, sans omettre de la relativiser : cette pratique reste ce qu’il y a de plus important parmi les choses secondaires … c’est du vécu intense, c’est fort mais souvenons-nous (parfois) de la cabane magique à la fin de Melancholia ! ( ah ! ah ! ah ! ) !



